Point de vue sur la protection sociale

 
 En Chine

Premières impressions de Chine
par Antoine Delarue, Directeur général

La 26ème assemblée générale de l’association internationale des organismes de sécurité sociale (AISS) s’est tenue à Pékin du 12 au 17 septembre dernier : une double occasion de humer les tendances en matière de Sécurité sociale, mais aussi de se familiariser avec le géant chinois.

Pour ce qui concerne la sécurité sociale (SS) dans le monde, les débats ont été riches et variés, témoignant de l’implication des organismes dans l’approfondissement des multiples mécanismes de couverture et dans l’amélioration du service rendu.

Relevons deux faits marquants :

  • La préoccupation accordée à l’extension de la SS aux populations non couvertes notamment rurales
  • Le revirement de la position de la Banque Mondiale sur l’architecture idéale des systèmes de retraite

Etendre la protection sociale à des populations nouvelles est clairement ressenti comme un enjeu majeur pour l’institution. La recherche de problématiques adaptées au monde rural a occupé une séance plénière, bien introduite par l’équipe du Secrétariat Général et largement suivie, mais ce thème a resurgi à maintes reprises dans les travaux sectoriels et dans la séance de clôture ponctuée de l’intervention de J Attali. La manière de l’aborder marque un nouveau réalisme, où la recherche de solutions attentives aux spécificités des terrains et aux effets de levier susceptibles d’être générés prend le pas sur les traditionnels appels à la générosité redistributive. Parmi les expérimentations et projets qui ont été détaillés, la Tunisie a longuement présenté le concept de régime de travail mobile que nous avions développé lors de notre étude de 2002-2003 sur l’extension de la protection sociale aux pêcheurs, petits agriculteurs et employés de maison. Cette appropriation par la CNSS, après celle du CRESS qui avait également présenté une communication sur ce thème à la rencontre AISS de Limbé en janvier 2004, est un grand motif de satisfaction pour un consultant en protection sociale. Lorsque les représentants des institutions clients revendiquent vos analyses et préconisations, la réalisation n’est pas loin !
Voir à ce sujet parmi les études de cas notre propre présentation du potentiel de cette approche, préparée également pour Limbé.

En marge des travaux officiels, Robert Holzman a présenté la nouvelle doctrine de la Banque Mondiale sur l’architecture idéale pour les retraites. Et là, surprise ! Plus de schéma privilégié, mais un hymne à la diversité des solutions, pourvu que cela marche. Les économistes de l’AISS et du BIT buvaient du petit lait, tout en regrettant secrètement la disparition d’un contradicteur, avec lequel les relations s’étaient, il est vrai, considérablement apaisées depuis le départ de Mme James.
J’avais déjà pu apprécier la capacité de la Banque à intégrer des analyses et orientations très différentes de sa position affichée de départ : la première fois en Russie sur les retraites (cf article), la seconde en Afrique sur l’organisation administrative de la sécurité sociale. Une argumentation solide, basée sur des analyses de terrain, avait alors permis de convaincre. L’exercice de révision doctrinale auquel s’est livré avec talent et humour R. Holtzman est plus inhabituel de la part d’une organisation de cette taille. Il atteste autant de sa capacité d’écoute des expériences du terrain que de son souci permanent d’en tirer des enseignements transposables. Une leçon que pourrait méditer l’UE dans l’appréciation des très nombreux projets d’assistance technique qu’elle finance ; le contrôle formel n’est pas tout.

La Chine maintenant : Le dynamisme y est impressionnant. Dans toutes les villes traversées, on sent la croissance quasi physiquement. A la fierté de ceux qui se sentent avancer, s’ajoute une farouche volonté de rattrapage, voire plus. Les Chinois sont exigeants pour eux-mêmes et pour leur pays.
En matière de protection sociale, les besoins sont, à l’échelle du pays, immenses. (Voir notre analyse dans la rubrique terrain d’intervention) Les autorités sont à la fois désireuses de montrer qu’elles font beaucoup, mais aussi qu’elles n’en font pas trop. Les discours inauguraux de l’AG de l’AISS ont explicitement affiché la priorité du développement économique. « La protection sociale, oui mais le plus tard possible ! » pourrait être le slogan implicite, ce qui donne la mesure l’effort de pédagogie qui attend les responsables de l’AISS !

Pourtant là aussi, les réalisations, ou en tout cas leurs annonces, s’enchaînent ; la curiosité pour les systèmes étrangers est grande mais ne semble pas freiner pas la prise de décision. Que se passe-t-il vraiment sur le terrain ? Quelles sont les solidarités économiques effectives dont l’identification est indispensable pour bâtir des systèmes pérennes ? Qui pilote et comment ? Autant de questions qui ne trouvent ni réponse, ni même oreille.
Mais peut être faut-il que les Chinois se convainquent d’abord qu’un étranger peut comprendre, et aider, leur pays ? Un beau défi pour les consultants en protection sociale !

SERVAC
9, rue Notre-Dame de Nazareth
75003  Paris

Tél. : 01 44 54 11 22
Fax : 01 44 54 08 88
servac@repartition.com

Accueil | Recrutement | Mentions légales